Etablissements scolaires : Lycée Raspail, Paris (France) - 1995-1996Entre ceinture rouge et ceinture verte, le lycée Raspail installe ses redents blancs aux franges de la capitale.
Le grand vaisseau se glisse en ville, un millier d’élèves dispersés sur ses ponts.
Profil en creux pour une transition douce.
A l’instar des grands constructeurs du début du siècle, l’architecte Roger Taillibert maintient fermement son cap dans la houle des courants contemporains contre lesquels il s’élève : « Construire ne consiste pas à diffuser la mode ou prôner la légèreté d’une matière sans performance. » Roger Taillibert est un bâtisseur d’envergure. Chacun se souvient des voûtes de béton surbaissées de la piscine de Deauville, des mille deux cents voussoirs du Parc des Princes, de l’impressionnante structure haubanée du complexe olympique de Montréal et, plus récemment, du grand déploiement blanc des laboratoires Thomson dans le parc industriel d’Elancourt en bord de RN 12.
Toutes ces réalisations témoignent d’une même volonté, la performance constructive pour elle-même et ce qu’elle représente : le progrès dans tous les domaines. Sans doute n’y a-t-il pas là démesure pour inscrire dans l’espace l’homme et son environnement, avec une indéniable générosité. D’ailleurs, peu importe l’échelle du bâtiment. Qu’il s’agisse d’une base navale ou de loisirs, intuition, réflexion et logique se conjuguent dans une même intention : donner du souffle et de la tenue à des volumes empreints de dignité.
Equilibre magistral
»Faire un pigeonnier n’est pas plus difficile que de faire un arc de triomphe », disait Franck Lloyd Wrigt. Roger Taillibert, qui a connu l’homme de Taliesin, le cite à propos de la diversité des programmes qu’il aborde. En même temps qu’un gigantesque centre international de conférence à Abou-Dhabi, l’architecte vient d’achever à Paris, le nouveau lycée Raspail, déménagé du boulevard homonyme : quelque 30 000 m2 destinés à l’enseignement technique sur une parcelle d’un hectare. Un large panel embrassant BEP, baccalauréats scientifiques, BTS technique-énergie, technico-commercial, électrotechnique… sans oublier les classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs. Autant d’activités qui rassembleront à terme un millier d’élèves et deux cent membres de la Fonction publique dont cent quarante enseignants.
Il s’agissait de concevoir un bâtiment ample, entre les Hbm en vis-à-vis sur la rue et les terrains de sport en arrière-plan, sans pour autant faire écran ou déstabiliser par un volume trop compact ce quartier de ceinture qui possède son équilibre propre.
Le lycée est partagé en trois corps parallèles placés en quinconce des immeubles qui lui font face et reliés par des passerelles vitrées qui préservent aux habitants des Hbm la vue sur les espaces verts. Cette transparence des circulations n’est pas un effet de mode comme Roger Taillibert les exècre mais une marque de respect à l’encontre du tissu urbain et de sa fluidité vers la périphérie. Pour satisfaire cette volonté de transition, la hauteur des bâtiments est inférieure aux gabarits réglementaires.
Le rez-de-chaussée de la façade est revêtu de marbre noir du Mozambique, les étages supérieurs d’Alucobond blanc. Un jeu s’établit entre l’effet de pérennité du socle et la légèreté des façades avec la disparition du noir et l’apparition du blanc. En découle une impression de puissance, d’évidence, soutenue par la symétrie de l’ensemble. On est loin de l’envol et des magistrales tensions des voiles de béton de l’architecture de génie civil que Taillibert affectionne, mais l’esprit demeure.
Lisibilité fonctionnelle
Dans les deux bâtiments en extrémité sont répartis salle de classe, laboratoires, ateliers abondamment pourvus en équipements technologiques spécialisés : machines-outils, robots, informatique… Largement vitrés sur l’extérieur ou les patios, ces locaux sont distribués par d’amples couloirs médians. Le bâtiment central abrite au premier niveau un auditorium de deux cents places qui peut être agrandi latéralement grâce à des panneaux coulissants dévoilant de part et d’autre un promenoir vitré, configuration dans laquelle il bénéficie de la lumière naturelle il bénéficie de la lumière naturelle. Au-dessus, le grand espace libre du CDI (centre de documentation et d’information) possède également des cloisons mobiles pour isoler des postes de travail individuel.
Elément de liaison, les salles de restaurant se déploient en galerie sur le jardin avec pour point focal la tour de verre de l’escalier de secours qui laisse apparaître le jaune lumineux de sa structure ?
En raison de l’étroitesse de la parcelle, les espaces de détente sont « suspendus » sur les terrasses du premier niveau entre les trois corps de bâtiment. A l’est, un bâtiment annexe contient les huit logements de fonction et un grand parking général occupe le sous-sol du lycée ;
De l’ensemble se dégage une grande impression d’aisance : générosité et clarté des volumes, fonctionnalité des circulations, plaisir des espaces verts qui, selon les enseignants, « calment les esprits… » A bord de ce grand vaisseau à trois coques, rencontres et discussions se tiennent à cil ouvert sur des ponts terrasses qui se répondent en écho.